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C’était l’objectif phare de l’accord de Paris en 2015 : tout faire pour essayer de ne pas dépasser les 1,5°C de réchauffement global par rapport à l’ère préindustrielle. Moins de dix ans plus tard, ce seuil est sur le point d’être franchi. Comment les Etats n’ont pas réussi à tenir cette mesure pourtant emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique ? L’accord de Paris il y a dix ans n’aurait-il servi à rien ? Réponse dans Code source avec Emilie Torgemen et Frédéric Mouchon, deux journalistes spécialistes de l’environnement au Parisien.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Anaïs Godard et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : AFP TV.

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Chapitres:

00:00: Accord de Paris : Objectif 1,5°C Dépassé ?
01:30: Comprendre l'Accord de Paris et les Objectifs Climatiques
03:40: Gaz à Effet de Serre et Scénarios Climatiques
06:30: Neutralité Carbone et Engagements des États
11:58: Conséquences du Dépassement et Adaptation au Changement Climatique

#rechauffementclimatique #climat #écologie

Catégorie

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'était l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris sur le climat.
00:16En 2015, plus de 200 pays s'étaient engagés à tout faire pour tenter de contenir le réchauffement de la
00:22planète
00:23en dessous d'1,5 degré dans les prochaines décennies.
00:26Mais d'après un consortium de scientifiques, c'est raté.
00:30Le réchauffement global dépassera ce seuil dans quelques années, conclusion d'une étude publiée le jeudi 19 juin.
00:37Toujours selon les experts, l'activité humaine continue d'émettre des gaz à effet de serre en trop grande quantité
00:43et les efforts actuels sont insuffisants pour limiter le réchauffement à 2 degrés d'ici la fin du siècle.
00:50Alors qu'est-ce qui empêche justement de tenir cet objectif d'1,5 degré ?
00:55Et qu'est-ce que ce dépassement peut avoir comme conséquence ?
00:58Éléments de réponse avec Frédéric Mouchon et Émilie Torgemène, journaliste aux Parisiens qui couvrent les sujets liés au climat.
01:11J'invite maintenant la COP à adopter le projet de décision intitulé « Accord de Paris » qui figure dans
01:16le document.
01:17Je regarde la salle, je vois que la réaction est positive, je n'entends pas d'objection.
01:23L'accord de Paris pour le climat est accepté.
01:30Frédéric Mouchon, en 2015, la COP21 organisée à Paris s'achève avec un accord qui est alors salué comme une
01:36victoire et qui reste dans les mémoires.
01:39Que dit cet accord ?
01:40Alors cet accord, il est surtout marqué par un objectif à long terme en matière de température.
01:45L'objectif tel qu'il est inscrit entre guillemets dans cet accord est de maintenir l'augmentation de la température
01:52moyenne de la planète
01:53bien en dessous de 2 degrés par rapport au niveau pré-industriel
01:56et de poursuivre les efforts pour limiter l'augmentation de la température à plus 1,5 degré.
02:03Donc il y a bien cette notion de plus 1,5 degré qui est inscrite noir sur blanc dans cet
02:07accord.
02:07Le tout en reconnaissant que cela réduirait considérablement les impacts du réchauffement climatique.
02:13Et dans cet accord, la phrase sur cet objectif de limiter l'augmentation de la température à 1,5 degré
02:20a été rajoutée in extremis avant la fin de la COP. Expliquez-nous ça.
02:24Oui, en fait, cette mention du seuil de 1,5 degré, c'était une revendication portée par les petits états
02:30insulaires
02:31qui sont menacés de submersion par la montée des eaux.
02:34En fait, elle a surtout une portée symbolique et politique, puisque l'idée de rester sous le plafond de 1
02:39,5 degré,
02:40on voit bien que c'était assez irréaliste. Ça l'est aujourd'hui.
02:43En l'état actuel, les émissions mondiales de gaz à effet de serre.
02:46Et certains spécialistes étaient assez sceptiques sur cet objectif,
02:50sachant qu'il n'y avait aucun objectif chiffré ni engagement ferme lié à ce seuil de 1,5 degré.
03:02Émilie Torgemène, pour qu'on comprenne bien,
03:04quand on parle d'un réchauffement de la planète à 1,5, 2 ou 4 degrés, par exemple, ça signifie
03:10quoi ?
03:10Alors, quand on dit ça, on parle d'une température moyenne de la planète,
03:16et quand on dit plus, 1,5, 2, 4, ce qu'on veut, c'est par rapport à la période
03:20pré-industrielle,
03:21c'est-à-dire avant 1850.
03:24À partir de ce moment-là, l'activité humaine a commencé à émettre beaucoup, beaucoup de gaz à effet de
03:29serre,
03:29et donc on compare à la période pré-industrielle, parce qu'on compare à une période de réchauffement naturel,
03:36c'est-à-dire quand l'impact humain n'était pas sensible.
03:38Mais dans les faits, un réchauffement global, ne serait-ce que d'un degré,
03:42se traduirait par des hausses de température bien plus importantes à certains endroits du globe, c'est ça ?
03:47Oui, c'est ça. En fait, le globe ne se réchauffe pas à la même vitesse partout.
03:51Il y a une différence assez simple à comprendre.
03:53L'océan se réchauffe moins vite que les continents.
03:57Pour l'instant, grosso modo, on a gagné 1 degré au-dessus de l'océan,
04:01et on a gagné 1,8 degré au-dessus des continents.
04:05Après, région par région, il y a aussi des différences.
04:07L'Arctique est la région qui se réchauffe le plus, trois fois plus que la moyenne planétaire.
04:12Mais il ne faut pas croire qu'on est épargné, nous, en France hexagonale,
04:16puisque l'Europe, et notamment l'Europe de l'Ouest, est une région qui se réchauffe particulièrement vite.
04:21Donc si la planète se réchauffe d'1,5 degré, ça ne veut pas dire qu'ici, en France, il
04:26fera en moyenne plus 1,5 degré ?
04:29Non, vraisemblablement, en France, il fera plus que 1,5 degré de plus en moyenne.
04:34Et qu'est-ce qui réchauffe le climat, concrètement ?
04:36L'effet de serre. L'effet de serre, c'est assez simple à comprendre, c'est un phénomène physique
04:41qui fait que certains gaz, en restant dans l'atmosphère, retiennent la chaleur,
04:45ce qui revient à chauffer l'atmosphère exactement comme dans une serre où on fait pousser des fleurs ou des
04:51légumes.
04:51Donc qu'est-ce qui émet ces gaz à effet de serre ?
04:54Eh bien, il y a des gaz à effet de serre naturels, par exemple ceux qui sont émis par les
04:57volcans, ça, ça existe.
04:59Mais depuis longtemps, enfin depuis la période industrielle, donc on l'a dit, milieu du 19e siècle,
05:05en fait, de très loin, le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, c'est l'humain, c
05:09'est l'activité humaine,
05:10c'est notamment, eh bien, tout ce qui concerne la combustion des énergies fossiles,
05:15très simplement le charbon, le gaz et le pétrole.
05:17Émilie Torgemene, ce qu'il faut rappeler aussi, avant d'aller plus loin,
05:20c'est que les scientifiques ne peuvent pas prédire l'avenir,
05:23et qu'ils travaillent sur des scénarios pour imaginer ce que serait la planète,
05:27la vie sur Terre, à plus 1,5 degré, 2 degrés, 4 degrés, d'ici plusieurs décennies, par exemple.
05:34Le GIEC, c'est le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat,
05:39dessine en fait plusieurs scénarios plausibles, et le mot est important, ils ne les inventent pas,
05:44ils imaginent, selon les choix politiques, les grands choix des grands pays,
05:51qu'est-ce qui va être émis dans l'atmosphère.
05:53Si on choisit de consommer beaucoup de charbon, par exemple, ou beaucoup de pétrole,
05:57eh bien, ça va émettre plus de gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
06:00et donc, on parle d'un scénario maximaliste.
06:04Si l'on continue comme on le fait, c'est un autre scénario,
06:08qu'on appelle généralement le scénario « business as usual »,
06:11et qui nous envoie à un réchauffement à plus de 2 degrés, 2,3 degrés, approximativement.
06:17Et puis, il y a un scénario un peu catastrophique,
06:20qui estime que les États ne vont pas du tout respecter leurs engagements,
06:24et qui peut nous envoyer à plus de 4 degrés de réchauffement climatique.
06:30Frédéric Mouchon, qu'est-ce qu'il faudrait faire, en théorie,
06:33pour tenter de contenir le réchauffement de la planète,
06:35bien en dessous des 2 degrés, comme le disent les accords de Paris, d'ici à la fin du siècle
06:40?
06:40Eh bien, idéalement, en fait, il faudrait atteindre ce qu'on appelle la neutralité carbone,
06:44c'est-à-dire absorber autant de carbone qu'on en émet,
06:47ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
06:49Comment on fait ?
06:50D'abord, en réduisant nos émissions liées au transport, à l'agriculture, à l'industrie.
06:55Ensuite, en protégeant mieux nos puits de carbone.
06:58Les puits de carbone, c'est notamment la mer qui absorbe du CO2,
07:00mais c'est aussi les forêts qui captent du carbone,
07:02mais qui sont de plus en plus fragilisées.
07:04Et alors concrètement, à quoi s'engagent les États en 2015,
07:08au moment de signer l'accord de Paris pour tendre vers cet objectif ambitieux ?
07:12C'est là que le bas blesse, parce que dans cet accord,
07:15il est seulement prévu de viser un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre,
07:19dès que possible.
07:20Ce qui est quand même assez flou.
07:21Des versions antérieures retenaient un objectif de baisse de 40 à 70%,
07:26ou même de 70 à 95% de nos émissions d'ici à 2050,
07:30mais ces mentions étaient jugées trop contraignantes par certains pays,
07:35donc elles ont été gommées.
07:36À plus long terme, dans la seconde moitié du siècle,
07:40l'objectif est de parvenir à un équilibre entre nos émissions d'origine humaine
07:44et leur absorption par les puits de carbone.
07:50Émilie Torgemène, 5 ans après la COP21,
07:53en 2020, le bilan en matière de réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial
07:58est bien en deçà des attentes.
08:00Expliquez-nous ça.
08:01Oui, les États, à de très rares exceptions,
08:03n'ont pas mis en œuvre les mesures suffisantes
08:06pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre,
08:08et les mêmes États peinent à mobiliser les ressources, les finances nécessaires.
08:14À ce moment-là, on considère que l'accord de Paris
08:17a permis d'augmenter moins vite nos émissions de gaz à effet de serre,
08:21ce qui n'est quand même pas tout à fait l'objectif.
08:23L'objectif, c'était plutôt de les réduire jusqu'à arriver à la neutralité carbone.
08:27Il faut savoir que pour respecter l'accord de Paris,
08:30chaque habitant de la planète devrait avoir une empreinte carbone moyenne
08:34de 2,8 tonnes de CO2 par an,
08:36mais un Français a une empreinte de 11 tonnes.
08:39Donc on peut juste se dire que nous, les Français, on est loin du compte.
08:42Mais à la même époque, vous écrivez dans Le Parisien
08:45qu'en 5 ans, l'accord de Paris a provoqué des changements notables
08:48et qu'il y a encore des raisons d'espérer.
08:50À ce moment-là, les 25 membres de l'Union européenne
08:53se sont mis d'accord quelques jours avant les 5 ans de l'anniversaire
08:57de l'accord de Paris pour baisser leurs émissions
09:00d'au moins 55% d'ici à 2030.
09:03Et l'Union européenne, c'est tout de même un gros acteur économique
09:06et un gros émetteur de gaz à effet de serre.
09:09La Chine, qui est le premier émetteur de gaz à effet de serre,
09:12promet d'être neutre en carbone en 2060
09:15et fait des efforts.
09:16Et puis, à ce moment-là, on remarque que les énergies renouvelables
09:19gagnent du terrain un peu partout à travers le monde.
09:22Et il y a quelque chose peut-être de moins quantifiable,
09:25mais d'assez remarquable.
09:27C'est qu'il y a une mobilisation, on parle des années 2020, citoyenne.
09:31Il y a des grandes marches pour le climat qui s'organisent
09:33et qui mobilisent notamment une partie de la jeunesse.
09:35Dans les années qui suivent, Frédéric Mouchon,
09:37les États ne parviennent pas à se fixer des objectifs
09:40aussi ambitieux que l'accord de Paris au moment des COP
09:43qui sont pourtant censés, chaque année,
09:46poursuivre les négociations engagées à Paris.
09:49Expliquez-nous ça.
09:50C'est tout le problème de ces COP qui sont devenus
09:52de grands messes internationales où chacun vient
09:55avec ses objectifs qui ne sont pas forcément compatibles
09:57avec ceux du voisin.
09:59Il y a les pays producteurs de pétrole qui veulent continuer
10:01à forer jusqu'à la dernière goutte.
10:03Il y a les pays pauvres qui ne veulent pas payer
10:04pour la pollution émise historiquement par les pays riches.
10:08Il y a les pays insulaires qui supplient la planète d'avancer
10:10car c'est leur survie qui est en jeu.
10:13Et au final, les COP s'achèvent régulièrement
10:15par des avancées minimes, voire le plus souvent des échecs.
10:19En février 2020, l'ONG Scientist Rebellion
10:22publie une tribune signée par un millier de scientifiques
10:25du monde entier.
10:26Que dit cette tribune ?
10:27Cette tribune dit que l'objectif de limiter le réchauffement
10:31sous les 1,5 degrés est désormais hors d'atteinte.
10:34À moins de diminuer les émissions mondiales de 7,6% par an.
10:38Ce qui paraît inconcevable et infaisable.
10:42Cette tribune, par ailleurs, théorise le passage à l'acte
10:45des scientifiques face à ce qu'ils considèrent
10:48comme l'inaction des gouvernements.
10:50En fait, ils appellent les citoyens à la désobéissance civile
10:53et au développement d'alternatives.
10:56Mais à ce moment-là, la communauté scientifique est divisée
10:59à l'idée de renoncer ouvertement à cet objectif de ne pas dépasser
11:02les 1,5 degrés de réchauffement.
11:05Pour quelles raisons est Milita Orgemen ?
11:06Alors, il y a sûrement deux raisons à ça.
11:09D'abord, c'est difficile de renoncer à cet objectif qui était une victoire,
11:13qui avait été ovationnée à Paris lors de la clôture de la COP 21.
11:18C'est un objectif très ambitieux et ce serait comme un aveu d'échec déjà.
11:22Et puis, l'autre raison, c'est qu'il y a un certain nombre de scientifiques
11:25et d'ONG qui s'accrochent à cet objectif
11:28et qui se disent que tout n'est pas perdu,
11:30même si ça semble très compliqué.
11:33Et philosophiquement, il y a un certain nombre de scientifiques
11:35qui considèrent qu'il vaut mieux garder un objectif très bas
11:38parce que, vraisemblablement, on va rater cette marche,
11:41mais autant ne pas la rater trop haute.
11:44C'est-à-dire, globalement, autant réussir à maintenir
11:47le réchauffement climatique sous les 1,6, 1,7 degrés
11:51plutôt que de le maintenir sous les 2,3, 2,4 degrés.
11:58Alors expliquez-nous quelles seraient les conséquences
12:00d'un réchauffement qui dépasse les 1,5 degrés au niveau mondial,
12:05même de quelques centièmes de degré d'ici un demi-siècle.
12:08Eh bien, ce n'est pas moi qui le dis,
12:10ce sont les universitaires de Saclay, donc les climatologues,
12:13qui expliquent que la différence entre un réchauffement global
12:16de 1,5 degrés et un réchauffement global de 2 degrés,
12:20eh bien, c'est 10 centimètres de plus d'élévation
12:22du niveau moyen de la mer d'ici à 2100.
12:2510 centimètres, ça n'a l'air pas grand-chose,
12:27mais pour un certain nombre d'installations
12:29ou les petits états insulaires, c'est une catastrophe.
12:32C'est le trait de côte qui recule,
12:33c'est la mer qui gagne du terrain.
12:35Après chaque dixième de degré, cela signifie, en fait,
12:38une intensification des phénomènes météo extrêmes,
12:42les canicules, les orages extrêmement violents.
12:46Dans l'océan, cela signifie aussi
12:48des blanchissements massifs des coraux.
12:51C'est triste pour les coraux,
12:52mais c'est aussi terrible pour la biodiversité marine.
12:55Donc, à partir d'un certain seuil,
12:58la biodiversité, la vie telle qu'on la connaît sur Terre,
13:01va être très différente.
13:03Et plus le réchauffement est important,
13:04Frédéric Mouchon, plus il risque,
13:06toujours selon les scientifiques,
13:08d'entraîner des changements irréversibles.
13:10Est-ce que vous pouvez nous donner quelques exemples ?
13:12Oui, le GIEC parle lui-même du risque
13:14de dépasser un seuil critique,
13:16au-delà duquel les effets seraient vraiment irréversibles.
13:19Et le changement climatique peut notamment déclencher
13:21ce qu'on appelle des points de basculement régionaux.
13:24Par exemple, la disparition de la banquise arctique au pôle nord.
13:28On parle aussi de l'effondrement de la mousson en Asie du Sud,
13:32du renforcement de la mousson à l'inverse en Afrique de l'Ouest,
13:35qui conduirait, c'est assez paradoxal,
13:38au verdissement du Sahara et du Sahel.
13:40Et enfin, la déforestation peut aussi déclencher
13:43un point de basculement,
13:44notamment dans les forêts humides.
13:46Par exemple, la transformation de la forêt amazonienne
13:49en savane.
13:49Ce qui serait une vraie catastrophe,
13:51pour le coup, à l'échelle planétaire,
13:53puisqu'on considère que l'Amazonie,
13:55la forêt amazonienne,
13:56est un des poumons de la planète
13:57et donc un puits de carbone essentiel.
13:59L'année 2024 est marquée par plusieurs catastrophes climatiques,
14:03parmi lesquelles le cyclone Chido à Mayotte,
14:06les inondations à Valence en Espagne,
14:08les gigantesques incendies au Canada
14:11et les canicules aux Etats-Unis.
14:13C'est aussi l'année la plus chaude jamais enregistrée,
14:17la première pendant laquelle la planète
14:19s'est officiellement réchauffée
14:21de plus d'un degré cinq
14:23par rapport à l'ère pré-industrielle.
14:25A quoi c'est dû exactement ?
14:27Selon un rapport de l'OMM,
14:29qui est l'Organisation Météorologique Mondiale,
14:31on a connu en 2024
14:32des températures extraordinaires
14:34à la surface des terres,
14:36mais aussi des mers,
14:37notamment une chaleur océanique
14:39vraiment comme on n'en avait jamais vu auparavant.
14:42Mais c'était aussi accompagné
14:43de conditions météorologiques très extrêmes.
14:45Alors pourquoi cet emballement
14:47des phénomènes extrêmes ?
14:49Les scientifiques estiment que le changement climatique
14:51engendre une augmentation
14:52de la fréquence et de l'intensité
14:54de ces événements météorologiques extrêmes,
14:57que ce soit inondation, sécheresse,
14:59canicule, orages violents.
15:01En fait, on peut estimer que plus la Terre se réchauffe,
15:04plus se crée un effet boule de neige
15:06et plus les phénomènes catastrophiques se multiplient.
15:12Est-ce que ça veut dire
15:13que l'objectif le plus ambitieux
15:14de l'accord de Paris,
15:15celui de contenir le réchauffement de la planète
15:17sous un degré cinq,
15:20est officiellement hors de portée ?
15:21Alors heureusement, il ne suffit pas de passer
15:24une ou deux années au-delà de cette limite
15:27pour enterrer totalement l'ambition de l'accord de Paris.
15:30Mais selon l'Organisation Météorologique Mondiale,
15:33ce seuil de 1,5 degré concerne le réchauffement
15:36à long terme, typiquement évalué sur 20 ans,
15:39et non le réchauffement à l'échelle d'une année.
15:42Cependant, chaque année
15:43où l'on atteindrait ou dépasserait
15:45une température annuelle de plus 1,5 degré
15:48rendrait plus difficile
15:49le respect du seuil à long terme.
15:52Émilie Torgemène, le lundi 23 juin,
15:54vous publiez dans Le Parisien
15:55un article intitulé
15:57« Pourquoi ce n'est pas la fin du monde ? »
15:59dans lequel vous donnez la parole
16:00à l'ancien président de la COP21,
16:02Laurent Fabius,
16:03mais aussi à des scientifiques du GIEC.
16:06D'abord, quelles sont les raisons
16:07pour lesquelles cet objectif
16:08n'est pas tenu, selon eux ?
16:11En fait, les scientifiques ont publié
16:13à ce moment-là une étude
16:14qui montre que d'ici 3 ans,
16:16on ratera cette marche,
16:18on va louper cet objectif le plus ambitieux.
16:21Donc c'est pour cette raison
16:22qu'on leur donne la parole
16:23et ce qu'ils expliquent,
16:24c'est qu'on aura consommé d'ici 3 ans
16:27notre budget carbone,
16:28c'est-à-dire qu'on aura émis
16:30plus que ce qu'il ne faut
16:31pour rester sous cet objectif
16:33des 1,5 degrés.
16:34Alors, pourquoi on a titré
16:36de manière volontairement provoquante
16:38« Ce n'est pas la fin du monde ? »
16:40Eh bien, parce que 10 ans après,
16:42on fait le bilan,
16:43c'est un peu tout ce qu'on s'est dit.
16:45Cet objectif était peut-être
16:46de toute façon plus politique
16:48et symbolique que réaliste.
16:50Dès le début,
16:50peu de personnes y croyaient.
16:53Et effectivement,
16:53Laurent Fabius explique à ce moment-là
16:55que, oui,
16:57tout n'est pas réussi,
16:58mais que la COP21
17:00reste un grand succès
17:02parce qu'elle a permis,
17:03malgré tout,
17:04de maintenir,
17:05de contenir
17:06l'emballement climatique.
17:08Donc, même si l'objectif
17:09le plus ambitieux
17:10est caduque,
17:10l'accord de Paris
17:11a quand même servi
17:12à quelque chose ?
17:12Que ce soit Laurent Fabius,
17:14Ségolène Royal
17:14ou les scientifiques
17:15qu'on a interrogés
17:16à cette occasion,
17:18tous disent que
17:18sans l'accord de Paris,
17:20sans ces 29 articles
17:23et 140 paragraphes
17:25qui avaient sollicité
17:26l'attention
17:26et la diplomatie
17:27du monde entier,
17:29la planète se serait réchauffée
17:30beaucoup plus vite
17:31et beaucoup plus fort.
17:32Or, ce que tout le monde répète,
17:34c'est devenu un slogan,
17:35mais chaque dixième
17:36de degré compte
17:37et c'est une réalité scientifique.
17:39Ce que vous expliquez aussi
17:40dans ce papier,
17:41c'est que si on ne réussit pas
17:43à rester sous les 1,5 degrés,
17:45ça ne veut pas dire
17:46que tout est perdu.
17:47Non, loin de là.
17:48Il faut vraiment le rappeler
17:49parce qu'il y a un certain nombre
17:49de personnes qui ont été
17:50plongées dans l'angoisse
17:52avec la publication
17:52de cette étude.
17:541,5 degré,
17:55c'était un objectif
17:56très ambitieux,
17:58c'était un symbole,
18:00mais en ce qui concerne
18:01les efforts climatiques,
18:03ça n'est pas on ou off.
18:04Ça n'est pas un interrupteur
18:06qu'on allumerait
18:071,5 degré,
18:08on est tous sauvés,
18:091,6 degré,
18:10on est tous morts.
18:11Ça ne se passe pas du tout
18:12comme ça.
18:13Il faut plutôt imaginer
18:14un variateur
18:15et quand on augmente
18:16la température mondiale,
18:181,6 degré,
18:19ce sera toujours mieux
18:20que 1,7 degré,
18:22qui sera vraisemblablement
18:23mieux que 2,5 degré
18:25ou 4 degrés,
18:26qui est un scénario
18:27qui est envisagé
18:28dans des situations extrêmes.
18:31Ce qu'il faut retenir,
18:32Frédéric Mouchon,
18:32c'est que plus la planète
18:33se réchauffe
18:34et plus il sera difficile
18:35à l'avenir pour l'homme
18:37de s'adapter
18:37aux changements climatiques,
18:39mais il y a d'ores et déjà
18:40des domaines
18:41dans lesquels
18:41il faut trouver
18:42des solutions
18:42de toute urgence.
18:43Oui, de toute façon,
18:45l'adaptation n'est déjà
18:45plus une option
18:46pour les agriculteurs
18:47qui voient les périodes
18:48de vendange avancer
18:49ou qui subissent
18:50des épisodes de grêle
18:51plus violents.
18:52C'est aussi le cas en ville
18:53où la lutte contre
18:54les îlots de chaleur
18:55est devenue un enjeu
18:57primordial pour les architectes
18:59qui réfléchissent
19:00à concevoir
19:01des bâtiments
19:01bioclimatiques
19:02ou des villes
19:02mieux adaptées aux canicules.
19:04Donc s'adapter
19:05est urgent
19:05et d'autant plus urgent
19:07que la situation
19:08devrait empirer.
19:08Mais pour l'instant,
19:09en raison du réchauffement climatique,
19:11il faut s'attendre
19:12des températures encore plus chaudes
19:13et des épisodes de canicules
19:15encore plus fréquents
19:16au fil des années.
19:17Oui, et plus ça se réchauffe vite,
19:19plus on aura de mal
19:20à s'adapter
19:21sous un climat
19:22à plus 4 degrés,
19:23par exemple,
19:24dans le pire des scénarios.
19:25Les scientifiques estiment
19:26que les vagues de chaleur
19:27qu'on subit aujourd'hui
19:28et qui survenaient d'ordinaire
19:30une fois tous les 10 ans
19:32seraient amenées
19:33à frapper 9 années sur 10.
19:35Donc ça vous donne une idée
19:36de ce qu'on risque de subir
19:37si le thermomètre
19:38monte à plus 4 degrés.
19:39Certains spécialistes
19:40aiment en fait
19:41comparer l'impact
19:42du réchauffement climatique
19:43à de la fièvre.
19:44Si vous avez 37,5 degrés,
19:47tout va bien.
19:48À 39 degrés,
19:49vous êtes malade.
19:50À plus 40 degrés,
19:52vous êtes au bout de votre vie.
19:53Et Militangemen ?
19:54Pour autant,
19:55le fait d'avoir dépassé
19:56cet objectif
19:57qui était vraiment devenu
19:58un symbole,
19:59notamment pour les ONG,
20:00ça ne doit pas être une excuse.
20:02Et c'est François Gemmen,
20:03qui est un des experts du GIEC,
20:05qui explique ça très bien.
20:06un certain nombre d'acteurs,
20:08et ils pensent très clairement
20:09à Donald Trump,
20:10vont prendre cette excuse
20:11pour s'arrêter là,
20:12avec cette idée
20:13que à quoi bon ?
20:14À quoi bon continuer
20:15à faire des efforts ?
20:16À quoi bon contraindre
20:18les Américains et le monde,
20:20puisqu'on a déjà dépassé
20:21les objectifs ?
20:22Donc surtout pas.
20:23L'idée,
20:24c'est vraiment
20:24que chaque dixième de degré
20:26fait la différence.
20:35Merci à Émilitangemen
20:36et Frédéric Mouchon.
20:38Cet épisode de Code Source
20:39a été produit par
20:40Anaïs Godard
20:41et Pénélope Gualquierotti,
20:43réalisation Julien Moncouquiole.
20:45Code Source,
20:46c'est le podcast quotidien
20:47d'actualité du Parisien.
20:48N'hésitez pas à nous laisser
20:49des pouces en l'air
20:50et des commentaires
20:51sur les plateformes d'écoute
20:52et sur YouTube.
20:53C'est ce qui nous aide le plus
20:54à nous faire connaître.
20:55Et ne ratez pas non plus
20:56Crime Story,
20:57notre podcast fait divers
20:58avec une nouvelle affaire criminelle
21:00racontée chaque samedi
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21:03et le chef du service
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